Mathieu Ferré, la mémoire du père

J'ai eu la chance, le bonheur de rencontrer Mathieu. Cet extrait d'interview reflète bien la quête de ce fils.

Le travail :
"C'est difficile à évaluer, je sème des graines et un jour, ça pousse! On envoie des partitions, j'ai créé un petit label en 2000 pour la sortie de Metamec, on ressort des disques de Léo, des artistes que je produis ou que j'ai en licence. Il y a aussi l'activité éditoriale sur les textes de Léo. Je ne parle pas de la littérature annexe, des essais ou des biographies. Ce qui compte pour moi, c'est l'ouvre elle-même.
Les ouvrages sur Ferré :
"Ça me fait marrer tous ces gens qui se sentent investis par une mission de faire découvrir Ferré par des livres pour des gens, comme ils disent, qui ne le connaissent pas. Et chez des gros éditeurs. Les livres "de" Ferré que je sors, on les trouve difficilement et les livres "sur" Ferré, on les trouve à la pelle. C'est une aberration. C'est vrai que sa vie est passionnante et ça peut servir à le comprendre. Il n'y a qu'une seule biographie valable, celle de Robert Belleret chez Actes Sud. Après, multiplier les resucées, les redites, je trouve ça inutile.
Les reprises de chansons :
"Il n' y a aucune autorisation à obtenir de qui que ce soit à partir du moment où les oeuvres sont déposées et que l'artiste ne change ni les paroles, ni les orchestrations. Mais je trouve regrettable qu'on ne nous en informe pas. Je fais un travail sur Léo et j'aime bien savoir ce qu'on fait des oeuvres. Mais ce n'est pas un réflexe chez beaucoup. Souvent, je vais donc acheter le disque en magasin.
La compilation Barclay :
"Elle est intéressante parce que certains de ces artistes ont confessé qu'ils ne connaissaient pas si bien que ça Ferré et que ce projet leur avait permis de le découvrir. Il y a des choses très bien, d'autres moins réussies. De toute façon, pour moi, tout moyen pour découvrir Léo est bon. Donc si ça permet à une toute petite quantité de personnes de découvrir sa musique, sa poésie, sa révolte, ce sera une réussite.
Ferré et l'idée de transmission :
"Je ne pense pas qu'il y était sensible. La postérité, ce n'était pas quelque chose qui le préoccupait. Il vivait au jour le jour. D'ailleurs, quand des interprètes ont repris ses chansons de son vivant, il disait dans des interviews qu'en définitive, il s'en foutait un peu.
Gestion de cet héritage :
"Mon père et ma mère ont voulu faire cette structure d'édition musicale en 1992 et comme j'étais là, on m'a dit : "Ce sera toi !" Tout doucement, j'ai appris ce que ça voulait dire et ce qu'il fallait faire. Moi, je suis un fana de pêche à la ligne et mon rêve aurait été de créer un gîte rural appliqué à la pêche sportive dans un pays exotique. Les deux ne sont pas trop compatibles. Mais je suis passionné par ce que je fais aujourd'hui !"
« Je veux tout faire pour que l’œuvre de mon père soit reconnue à sa juste valeur et dans toute sa richesse, car, hormis quelques titres inscrits dans la mémoire collective, comme « Jolie môme » ou « Avec le temps », l’œuvre du chantre anarchiste reste assez méconnue du grand public.
A ce titre, Mathieu parle de « malentendu ». « Léo Ferré n’est connu du grand public que par un nombre limité de titres que les médias, qui font office de censeurs, ont jugé diffusables » commente le fils, Mathieu. « Léo Ferré était bien autre chose qu’un de nos plus grands chanteurs et bien différent de cet ours mal embouché que certains se sont plu à décrire ».

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